Minutes d’amour avec Marie

– Courrier spirituel –

Le véritable bonheur

Si j’écris ce soir, c’est pour dire MERCI de toute mon âme. Que le Seigneur vous comble au centuple.

Je viens de vivre une année de maladie qui a été pour moi une année de grâce, de purification et de conversion. La douleur et l’impuissance physique annihilaient mon besoin naturel d’activité en même temps qu’elles me laissaient seule et démunie en face du Seigneur.

De plus, la visite hebdomadaire d’un saint prêtre m’était Lumière et Force. Ce prêtre a le don de nous mettre en contact avec la Miséricorde du Christ, puis de s’éclipser. Il nous amène au Christ en action dans notre âme, puis il disparaît discrètement de manière à se faire oublier pour nous laisser seuls devant Celui qui est Tout. C’est pourquoi, à travers cette année que je viens de vivre, j’ai goûté des moments d’une profonde suavité, même de désir de Le voir bientôt. Une année de grâce! Année où les meilleurs jours d’espoir sont suivis brusquement de décevantes retombées où le coeur «déboussolé freine tout l’être.

Année de grâce! Je ne sais pas ce que sera demain dans ce corps trop lourd qui me trahit trop souvent, mais je sais qu’aujourd’hui je suis heureuse, très heureuse, profondément heureuse. Il me faut apprendre à «attendre qu’Il parle», apprendre à me taire pour L’écouter. Il y a trop de tapage en moi, Il n’est pas encore libre d’agir comme Il veut. Priez pour moi.

À l’expression de ma gratitude émue pour votre revue si riche, je joins l’assurance de mon admiration.

Bernadette

Vous êtes «heureuse, profondément heureuse» parce que vous acceptez la croix que Dieu vous présente sans chercher à comprendre, dans la foi pure, sachant que les desseins de Dieu sur chacun de nous sont des projets d’amour.

Vous êtes «heureuse», non parce que la souffrance vous étreint ou vous paralyse, mais parce que la croix bien acceptée apporte la paix profonde, la joie intérieure, un baume bienfaisant dont la suavité n’a d’égal que l’amour qui s’intensifie pour Dieu et les âmes. AIMER, voilà la beauté de la vraie vie. Celui qui aime vraiment désire conduire les âmes à Dieu, car Dieu est AMOUR.

Ainsi, d’une part, dans le silence de votre coeur, dans l’offrande amoureuse de votre croix quotidienne, vous conduisez les âmes vers Dieu et la vôtre s’élève toujours plus. «Plus une âme s’élève, plus elle élève le monde», disait Élisabeth Le Seur.

D’autre part, vous avez l’insigne bonheur de recevoir les bons conseils d’un saint prêtre qui vous aide à monter vers Dieu sans attirer l’attention sur sa personne. Voilà le vrai directeur, le vrai guide spirituel qui oriente vers une vie ascétique et mystique pour le plein épanouissement d’une âme toute donnée à Dieu. Que c’est beau! Ce prêtre corrobore l’enseignement toujours vital et plus nécessaire que jamais de saint Jean de la Croix parce que beaucoup d’âmes sont assoiffées de divin, de surnaturel.

À une époque où l’on tente par tous les moyens de réduire la personnalité de l’homme à sa simple dimension humaine, vous apportez un témoignage éloquent de la haute portée spirituelle qui favorise le plein épanouissement de la personne humaine malgré les déficiences physiques, malgré «les jours d’espoir suivis de décevantes retombées où le coeur “déboussolé freine tout l’être”».

Contraste étonnant. Oui, mais réalité de la vie terrestre où l’être chemine tantôt courbé sous la croix rédemptrice, tantôt soulevé par la joie et l’amour parce que l’âme est purifiée, allégée de son «moi», pour être davantage possédée par le Christ-AMOUR.

Ce bonheur intense invite à la solitude, au silence, car c’est dans le silence de son coeur que s’établit le contact avec Dieu. Faut-il pour autant se retirer, s’éloigner constamment de tout? Non. Il convient de vivre sa vie de tous les jours selon les exigences du devoir d’état, en communion d’âmes avec le Christ. Le retrouver pendant le travail, la prière, la maladie ou la détente, c’est refaire sa provision de paix, de joie et d’amour. Si ce recours à Dieu se renouvelle souvent, c’est VIVRE D’AMOUR dans la joie profonde malgré les vicissitudes de la vie.

Marie-Paule

(Revue de l’Armée de Marie, volume IV, numéro 6)